Maître de conférences en histoire de l’art moderne à Nantes Université, Emmanuel Lamouche est accueilli au Centre André-Chastel et au Musée Dobrée de Nantes dans le cadre du dispositif CNRS « résidence de chercheur en musée » pour l’année 2026. Son projet de recherche s’intitule Déposer, restaurer, restituer les statues : étude du fonds d’archives et de dessins du sculpteur François-Frédéric Lemot (1771-1827) conservé au Musée Dobrée (Nantes).
Spécialiste d’histoire de la sculpture, il a soutenu une thèse sur les fondeurs de bronze romains autour de 1600, publiée en 2022 (Les fondeurs de bronze dans la Rome des papes 1585-1630, Rome, École française de Rome), et poursuit ses recherches sur la sculpture italienne des XVIe et XVIIe siècles en Italie, tout en les ouvrant à la sculpture du XIXe siècle en France, et à l’histoire de l’histoire de la sculpture. Il s’intéresse en particulier au fonctionnement de la commande et des chantiers de décoration, à l’histoire des techniques, et aux conditions sociales et matérielles de la production artistique.
Il fait actuellement partie de l’équipe de collaborateurs scientifiques du cycle de rencontres La vie des sculptures en France. Transformations matérielles, iconographiques, stylistiques et contextuelles des sculptures de l’époque moderne, porté par l’INHA (2026-2028).
Descriptif du projet :
Déposer, restaurer, restituer les statues : étude du fonds d’archives et de dessins du sculpteur François-Frédéric Lemot (1771-1827) conservé au Musée Dobrée (Nantes)
Les débats sur la signification et la légitimité de certains monuments sculptés dans l’espace public, bien que très actuels, sont en fait enracinés dans une longue histoire, pour laquelle le tournant des XVIIIe et XIXe siècles fut un moment charnière. La dépose des monuments, voire leur destruction, leur remplacement par une autre sculpture, ou, au contraire, leur restitution, soulèvent en effet des enjeux cruciaux pour les régimes qui se succèdent de la Révolution à la Restauration. Dans ce contexte à la fois troublé et fondateur, la vie ordinaire des monuments publics, de leur inauguration à leur déboulonnage et à leur restauration, constitue ainsi un axe fort de la construction d’une identité nationale. Le sculpteur François-Frédéric Lemot (1771-1827) est un acteur exemplaire de cette période. Plusieurs de ses œuvres sont célèbres, en particulier la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf à Paris, le Louis XIV de la place Bellecour à Lyon, ou encore ses allégories de l’Histoire et de la Renommée à la tribune de l’Assemblée nationale. Pourtant, l’artiste reste largement méconnu, comme beaucoup de ses confrères sculpteurs.
Ce projet, consacré à l’étude d’un exceptionnel fonds d’archives personnelles de l’artiste et de dessins inédits conservés au Musée Dobrée de Nantes, ne prétend pas réparer cet oubli, il vise à en étudier les raisons, dans l’optique de la publication d’un livre et d’une exposition-dossier concomitante. De la Révolution à l’Empire puis à la Restauration, Lemot réussit à se maintenir comme artiste officiel, tout aussi convaincant lorsqu’il s’agit de combattre la monarchie ou de la célébrer, de glorifier l’Empereur puis ceux qui tentèrent de l’effacer. Promu par des régimes contradictoires, le statuaire réalisa ainsi des œuvres à très forte valeur politique, destinées à persuader le spectateur de la grandeur des nouveaux dirigeants. Dans cette didactique du pouvoir, la personnalité de l’artiste disparaît au profit du message érigé dans la rue. À l’approche du bicentenaire de la disparition de l’artiste, événement que le musée Dobrée souhaite mettre en avant en 2027, et vingt ans après la seule exposition qui lui a été consacrée à ce jour (2005), cette recherche entend ainsi ancrer dans le temps long des problématiques actuelles majeures.
Par nature pluridisciplinaire, ce projet de recherche se situe au croisement de l’histoire de l’art, de l’histoire des techniques, de l’histoire sociale et de l’histoire du patrimoine de la France des années 1790-1820. Pour cette raison, il s’insère dans plusieurs thématiques du laboratoire d’accueil soutenant cette recherche, le Centre André-Chastel (UMR 8150) : les axes 1 (Décors, monuments, paysages : approches globales du patrimoine), 4 (Acteurs, institutions réseaux : conditions socioculturelles de l’activité artistique) et 5 (Matériaux, techniques, métiers : approche théorique et pratique du faire artistique).